D’ivres et de livres

Sophie Divry: La cote 400

Sophie Divry- La cote 400Une bibliothécaire te découvre endormi en cachette à la bibliothèque, entre les rayons sur lesquels se dressent les êtres qui lui sont les plus précieux au monde. Folle de rage, elle te réprimande dans les termes les plus acerbes et est au point de te chasser à jamais de ce lieu saint que tu as souillé. Une fois la rage passée pourtant, elle reprend son calme, et se rend compte qu’il ne reste que quelques heures avant l’ouverture de la bibliothèque, et que ça ne la dérangerait pas vraiment si tu restais un peu pour lui tenir compagnie. Et là, elle s’engage dans une conversation, plutôt un monologue, mêlant littérature, histoire, amour, réflexions philosophiques à gogo, non pas sans cacher son dédain pour la moitié de l’humanité, à savoir les lecteurs, les non-lecteurs et tous ceux qui, contrairement à elle, ne portent pas l’amour aux livres dans leur âme. Elle dénonce tous: ceux qui viennent à la bibliothèque rien que pour draguer, d’ailleurs elle avoue que “de toute façon, pour écrire (…) il faut avoir un problème sexuel. C’est évident. Ou trop de libido ou pas assez. C’est au choix. Mais écrire, c’est sexuel.”. Elle s’insurge également contre les bibliothécaires qui ont transformé l’espace de la biblothèque en un espace multifonctionnel, où l’on peut trouver désormais de tout, CDs, guides de voyage, l’envoyant à elle,  responsable du rayon géographie, au sous-sol! Le monde est vraiment bas! D’ailleurs ce qui l’irrite le plus, c’est que ces soi disant serveurs de la littérature ont eu le culot de toucher à la classification de Dewey. Bon, il faut s’arrêter un moment pour expliquer. Monsieur Dewey est un génie américain qui a eu le mérite d’inventer un système de classification de livres autant simple qu’utile. Et voilà que ces bons à rien délogent “les langues” de leur fameuse cote 400 pour les classer dans 800, laissant ainsi la cote 400 vide, dépourvue  de sens, inhabitée. Qu’est-ce qui pourrait bien remplacer “les langues”? Rien! D’ailleurs, pour elle, personne ne pourrait remplacer Martin, ce bel homme mystérieux qui fréquente la bibliothèque et qui ne lui adresse presque jamais la parole. Au lieu de faire le premier pas vers lui, elle se contente de le contempler de loin, d’observer sa nuque. “Car, enfin, n’y a-t-il rien de plus fascinant qu’une belle nuque ? Une nuque, c’est une promesse, un résumé de la personne entière par sa partie la plus intime. Oui, intime. N’est-elle pas cette partie du corps que jamais vous ne pourrez observer vous-même ? Ce bout de cou faiblement chevelu, tendu vers le ciel, n’est-il pas le derrière de la tête, la dernière révérence, l’envers de notre esprit ?” 

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